Le fait neurobiologique de la plasticité, en démontrant que l’expérience laisse une trace structurelle et fonctionnelle dans
le réseau neuronal, bouleverse l’opposition classique entre une étiologie psychique et une étiologie organique des phénome`nesmentaux,
introduisant dumême coup à concevoir une causalité psychique capable de modifier l’organisation synaptique. La plasticité
implique de penser le réseau neuronal comme restant ouvert au changement, à la contingence: le cerveau doit, dès lors, être
vu comme un organe hautement dynamique, en interaction permanente avec l’environnement, de même qu’avec la vie psychique du
sujet. La plasticité pouvant toujours modifier ce qui était, elle maintient le sujet ouvert à l’imprédictible dans la construction
de l’individualité. La plasticité introduit donc à un nouveau paradigme pour penser le lien entre le fait psychique et le
fait biologique. Si le réseau neuronal est biologiquement déterminé pour être modifiable et si le sujet participe à son émergence,
les neurosciences comme la psychanalyse butent ensemble sur la question de l’unique et donc de la diversité. Neurosciences
et psychanalyse se rencontrent d’une façon nouvelle autour de la question l’émergence de la singularité, à propos de laquelle
elles peuvent s’enseigner mutuellement. Entre neurosciences et psychanalyse, il ne s’agit pas ainsi de s’attacher seulement
à une logique de la preuve — démontrer la psychanalyse à partir des neurosciences -, mais plutôt de tirer de part et d’autre
les conséquences du changement de paradigme qu’implique l’évidence de la plasticité, où se réve`lent les extraordinaires potentialités
portées par l’expérience contingente, tant sur le devenir de chaque sujet que de chaque cerveau.
New neurobiological evidence for neuronal plasticity, demonstrating that experience leaves a structural and functional trace
in the neuronal network, has raised questions about the organic and psychological causality of mental phenomena and calls
in question our current views, suggesting that psychological events may have the potential to shape synaptic organization.
Plasticity shows that the neuronal network remains open to change, to contingency: the brain must then be thought of as a
highly dynamic organ constantly interacting with the environment as well as the psychological life of each person. Plasticity
maintains the capacity to modify what has come before, allowing the person to respond to unpredictability, thereby constructing
his or her individuality. Hence, plasticity entails moving on to a new paradigm. If neuronal networks are biologically determined,
yet endowed with the capacity to be modified, and if the person participates in the emergence process, then it follows that
neuroscience embodies, like psychoanalysis, the notions of both uniqueness and diversity. Thus, neuroscience and psychoanalysis
come together around the question of the emergence of individuality, a process in which they both contribute to each other.
What is at stake is not merely the logic of proof — validating psychoanalysis on the basis of neuroscience — but rather the
realisation of the power of the paradigm shift brought about by the evidence of plasticity, through which contingent experience
constantly modifies the brain of an evolving person.
Mots clés Neurosciences - Psychanalyse - Plasticité neuronale - Inconscient - États somatiques - Amygdale - Émotions
Keywords Neurosciences - Psychoanalysis - Neuronal plasticity - Unconscious - Somatic states - Amygdala - Emotions