L'étude histologique et autoradiographique de glandes thyroïdes de Lérots à diverses périodes de l'année indique un fonctionnement réduit pendant la préhibernation et le maintien d'une certaine activité glandulaire en Décembre et Janvier, durant l'hibernation, s'accentuant fortement en Février et Mars avant le réveil et au cours de celui-ci; on note ultérieurement un retour à une activité modérée, cycle en accord avec les données biochimiques et isotopiques recueillies par Lachiver sur ces mêmes animaux.
Cette stimulation liée à l'approche du réveil n'apparaît pas en Mars si l'hibernation est différée, l'animal étant maintenu en chambre froide jusqu'en Mai.
L'aspect qualitatif de ces processus mérite aussi d'être envisagé: pendant l'hibernation et parfois avant celle-ci, on peut observer des autoradiogrammes avec un noircissement

en anneau

et non plus homogène, indiquant que seule la partie périphérique de la masse de thyroglobuline, en contact avec l'épithélium, participe au métabolisme des hormones, la zone centrale apparaissant peu active.
Les cellules C sont toujours abondantes et volumineuses chez les Lérots en préhibernation et en hibernation; elles sont souvent dégranulées, parfois vacuolisées à la fin de celle-ci. Après le réveil et jusqu'en Juillet, elles deviennent plus petites, granulées et moins aisément identifiables avec certaines techniques. A une phase d'excrétion semble succéder une prépondérance des processus de synthèse et d'accumulation des granules.
La mise en hypothermie profonde en Juillet induit leur réapparition en nombre élevé, leur hypertrophie et leur dégranulation partielle, des mitoses sont observées. De même, si l'hibernation est différée, ces cellules restent nombreuses et peu granulées jusqu'en Mai alors qu'elles régressent numériquement dès la fin Mars, quand le réveil a lieu.
Deux espèces de Mammifères hibernants, originaires de Madagascar, ont aussi été étudiées: le Tenrec, qui est entré spontanément en léthargie en Juin-Juillet en France (hiver austral) et dont les cellules C sont extrêmement abondantes, volumineuses, peu granulées, et l'Ericulus, qui présente en Février, en France, des cellules C un peu moins nombreuses que le Tenrec, après une léthargie de plus courte durée. Un nombre élevé de cellules C actives s'observe dans la glande de Paraechinus en léthargie, en Février, l'animal provenant d'Afrique du Nord (région de Beni-Abbes).
Chez la Marmotte, nous retrouvons une stimulation thyroïdienne lors du réveil, mais les cellules C ne sont jamais nombreuses dans la glande et les données actuelles ne permettent pas d'établir l'existence d'un cycle net.
Les données bibliographiques sur les cellules C des hibernants sont comparées à celles recueillies sur le Lérot et discutées en fonction de l'état des glandes parathyroïdes et du métabolisme calcique au cours du cycle annuel. L'hypothèse d'une sécrétion de calcitonine par ces cellules semble probable, en liaison possible avec l'immobilité prolongée pendant le sommeil qui pourraît entraîner une décalcification osseuse.
In the garden dormouse (
Eliomys quercinus L.) a cyclic thyroid function was evidenced by histological and autoradiographic studies at various months of the year. The gland shows the maintenance of a low activity in December and January, before and during hibernation, greatly increased in February and March, preceding and accompanying the arousal; then, a slow return to a moderate activity is noted. This cycle is in agreement with biochemical data and radioiodine studies (Lachiver, 1952) on the same animals.
When the hibernation is delayed and the animals are kept in a cold room until May, without food, the thyroid stimulation which naturally occurs at the time of arousal is simultaneously delayed.
The qualitative aspect of these processes also needs to be investigated: during hibernation, and sometimes before it, the blackening of the photographic emulsion is not homogeneous above the colloid, the autoradiograms show several

rings

corresponding to the peripheral zone of the thyroglobulin at its junction with the epithelium. Only a thin rim seems to be participating in the hormonal metabolism, the central area being rather inactive.
Abundant and large C cells, (calcitonin cells), always occur in the dormouse thyroid gland in prehibernation and hibernation, at the end of which they often appear degranulated, sometimes vacuolated. After the arousal, and until July, they become smaller, granulated, less easy to detect with light microscope only. After a period of excretion without storage during hibernation, a phase of synthesis and granule accumulation seems to occur.
During experimental lethargy, with a low body temperature, induced in July, C cells reappear in large number; they are hypertrophied and partly degranulated, some mitoses are observed. Also, when hibernation is delayed, these cells remain numerous and lightly granulated until May, although normally their number is reduced by the end of March or the beginning of April, after dormouse arousal.
Two hibernating mammals from Malghasia Republic were studied: 3 Tenrecs, Centetes ecaudatus, were spontaneously lethargic in July in France (austral winter). C cells were extremely abundant, voluminous, poorly granulated. In the Ericulus ericulus, from the same area, C cells were less numerous in February, in France, after a lethargy of a short duration. C cells appear numerous and active in the thyroid gland of a lethargic Paraechinus aethiopicus from North Africa (Beni-Abbes) in February.
In the marmot (Marmota marmota) a thyroid stimulation also occurs around arousal, but C cells are not as numerous as in the other hibernating mammals, and a cyclic activity in the C cells seems difficult to demonstrate actually.
Data from the literature on C cells of hibernating mammals are compared with results obtained on dormice and discussed in correlation with the condition of parathyroid glands and calcium metabolism during the annual cycle. The hypothesis of a secretion of calcitonin by C cells seems probable, perhaps in relation with a prolonged immobility during winter sleep which might induce a bone decalcification.
Key-Words Thyroid gland - C cells - Hibernation - Mammals - Calcitonin
Nous adressons tous nos remerciements au Professeur M. Fontaine qui a bien voulu mettre à notre disposition ce matériel important et varié et Mr. F. Lachiver pour les documents qu'il nous a aimablement communiqués sur le comportement de ces animaux au Laboratoire de Physiologie du Muséum. Les espèces provenant de Madagascar et de Beni-Abbes ont été procurées au Pr Fontaine grâce à l'obligeance du Professeur F. Petter que nous remercions. Une partie du travail histologique a été réalisée avec la collaboration de Melle J. Olivereau, du CNRS, dont les excellentes techniques sont vivement appréciées.